Vous allez me dire, ou plutôt vous allez le penser si fort que je l’entendrai : « Vouloir à tout prix faire son enluminure sur parchemin, c’est du snobisme ». En d’autres termes, pour faire plus moderne, « elle se la pète ».
Je vais essayer de vous expliquer pourquoi une belle enluminure se peint sur parchemin.
Je me suis essayée il y a déjà quelque temps à réaliser une page enluminée style « celtique », vous savez, avec des petits monstres tout entrelacés et des motifs fins et
délicats dans chaque recoin. C’était un exercice que je savais difficile et je n’ai pas voulu prendre une feuille de parchemin par peur de la « gâcher ». Je le regrette vraiment aujourd’hui. Mon enluminure est très belle, mais je ne suis pas contente des couleurs que je trouve ternes, pas contente des détails que j’aurais aimé plus précis, parce que je l’ai réalisée sur papier, et que le papier, quoi que vous preniez comme qualité de papier, ça « absorbe » la peinture.
Elle est très belle quand même, cette enluminure,
et je vous la présente avec quelques agrandissements de détails, mais le parchemin a cette énorme qualité qu’il garde les couleurs en surface (ou presque) et que du coup ces
couleurs donnent vraiment tout leur chatoiement, leur luminosité.
Une autre qualité du parchemin, et non des moindres, c’est que dans mille ans, il sera toujours là, et ce que j’aurais mis dessus aussi, si je l’ai posé correctement. Vous n’imaginez pas comme c’est motivant, cette perspective, quand vous passez une bonne semaine sur une enluminure pour qu’elle soit à peu près à votre goût. Je plaisante, bien sûr….
Cela dit, le parchemin a énormément de défauts, mais comme tous défauts, c’est l’envers de qualités :
Il est rarement bien plat, ce qui pose des problèmes parfois pour peindre sereinement. Bien sûr, on essaie de le domestiquer : on l’humidifie, on le fixe sur une planche, mais comme il se rétracte d’au moins un demi centimètre dans chaque sens, le kraft craque et paf ! on se retrouve avec un parchemin en liberté, …et tout gondolé ! En fait, c’est un
problème d’hiver, de chauffage central.
Il n’est jamais très lisse : c’est une peau de bête, et on retrouve les pores, les cicatrices de boutons (de varicelle ?), des pigmentations plus ou moins marquées selon les endroits, mais on arrive à atténuer ces inconvénients, en ponçant soigneusement la surface avant de travailler, et les différences de ton disparaissent sous les pigments. Et c’est très agréable de peindre sur une matière vivante, avec ses petits défauts.
Il coûte très cher, et il faut pratiquement aller le chercher chez le parcheminier pour « voir » la peau avant de l’acheter pour ne pas se retrouver avec une horrible peau de tambour, épaisse, raide et pleine de défauts…
C’est tout pour aujourd’hui. Je vais retrouver mon bout de parchemin. J’ai presque fini.

Mon futur parchemin :
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